Le bonheur : une vieille quête de l’homme

« Puisque la mort emporte tout, qu’au moins l’existence soit consacrée à la jubilation » (Lucrèce)

« Le bonheur, c’est la vie harmonieuse avec soi-même, la paix, la tranquillité, la sérénité de l’âme qui ignore le trouble ». On doit à Antiphon, un pionnier de la psychanalyse avant l’âge, cette définition claire, bien caractéristique de l’eudémonisme grec. Soit. Mais si la définition en est simple, la quête est difficile, et occupe, depuis la nuit des temps, tous ceux qui n’ont plus à consacrer toute leur énergie à leur survie matérielle. On philosophe bien le ventre plein, disait Epicure.

Mais l’histoire nous répète que, malgré les plus belles promesses politiques, aucun système d’organisation humaine ne peut nous l’apporter : c’est une affaire à régler avec soi-même. Le bonheur est affaire de solitude, disait Diogène, il y a un bon moment. Pendant qu’Epicure, moins individualiste mais tout aussi convaincu de la responsabilité personnelle qu’exige la démarche, expliquait à ses adeptes du « Jardin » qu’il vaut mieux se changer soi-même que vouloir changer l’ordre des choses. Il ajoutait d’ailleurs que cette construction de soi était la seule et unique réponse à la désintégration du monde. Son discours n’a rien de décalé vingt siècles et des brouettes plus tard.

C’est un cheminement que l’on est seul à pouvoir décider. Il est noble de chercher à rendre les autres heureux, mais commençons par l’être nous-même, sans attendre qu’on nous l’apporte. L’harmonie sur notre planète viendra plus sûrement d’un petit changement chez chacun de nous que d’un bouleversement d’organisation. Sans cette volonté universellement partagée, le monde continuera à assassiner les Ghandi, les Luther King, les Socrate ou les Jésus.

Mais alors, depuis le temps qu’on en dispose, à quoi donc nous servent les quelques 2% qui différencient notre génome de celui des grands singes ? Nous avons perdu au passage l’art d’éplucher des cacahuètes avec les pieds, mais il faut reconnaître qu’ils nous ont permis de développer un néocortex dont nous sommes légitimement fiers. Il nous donne cette intelligence du raisonnement logique, la capacité du libre choix chère à Rousseau, et la création de langages sophistiqués qui nous particularisent, apparemment au moins, dans le monde vivant. Nous pouvons ainsi briller dans les salons ou aller sur la lune, et nous n’en sommes pas plus heureux pour autant. Un comble. Nous sommes la seule espèce identifiée qui s’interroge sur les raisons de sa présence sur cette planète. C’est en tout cas une question qui hante l’homme, aussi loin que l’on retrouve la trace de ses préoccupations, des enseignements des rishis hindous aux premiers philosophes égyptiens puis, bien entendu, des philosophes grecs. Mais les réponses trouvées n’ont pas encore réussi à faire notre bonheur.

Votre joie et votre épanouissement sont l’objet de ce livre. Et si j’ose vous proposer une nouvelle ascension, c’est par une voie un peu différente : par la recherche de vos certitudes, à défaut d’une quête de vérité universelle ou d’une mystique salvatrice. Ce qui suppose de laisser au bord du chemin vos préjugés et surtout de vous affranchir des certitudes des autres. La démarche peut vous évoquer une image escarpée de face nord hivernale, mais j’ai constaté qu’elle donne d’étonnants résultats dans les accompagnements personnels que je réalise depuis un certain nombre d’années. Autant risquer de vous en faire profiter.

Pourquoi la certitude joue-t-elle un rôle majeur ? Parce que nous ne connaissons pas la réalité : nous ne sommes pas outillés pour la connaître. Nous voyons l’univers qui nous entoure au travers de quelques lunettes étroites de visée (nos sens), à partir desquelles nous construisons notre vérité. Nous l’élaborons sur la base de toutes nos perceptions cumulées et des schémas enregistrés qui en découlent. Nous avons ainsi notre représentation personnelle du monde. Pour conforter ce que nous croyons vrai, nous avons besoin de l’approbation des autres. Une vérité partagée nous rassure, et c’est une erreur. Notre certitude ne vient pas de la vérité, tout au contraire : notre vérité vient de nos certitudes.

Aristote voulait faire des cinq sens les modalités de la connaissance et les voies d’accès à la certitude. Descartes a entrepris le chemin par la raison. Et pourtant la certitude n’est pas que de raison, ni même de perceptions. Elle est aussi de ressentis, d’émotions. Elle trouve ses fondements dans nos sources inconscientes, et nous sommes seuls à pouvoir trouver leur chemin dans notre monde intérieur. La certitude ne peut être qu’une affaire personnelle. Et elle seule peut nous mener sur les chemins d’une existence épanouie.

Le bonheur, ce concept fourre-tout après lequel nous courrons tous à notre manière, a plusieurs versions, peut être même une pour chacun d’entre nous. Encore faut-il se donner la peine d’en définir sa propre conception. Nous l’assimilons hélas trop souvent au contentement que crée l’atteinte d’objectifs ou la conquête de possessions désirées. Mais c’est bien éphémère, tant lui succède rapidement la peur de les perdre.

C’est ainsi qu’au fur et à mesure que nous nous garantissons une vie agréable nos craintes sont réactivées. La recherche de la sécurité s’avère vite une quête impossible qui nous entraîne dans une spirale infernale possession-attachement-insécurité. Notre civilisation fondée sur la prospérité ne fait qu’accroître ce phénomène : moins l’on possède, plus il faut acquérir pour se mettre à l’abri; mais plus on possède, plus on a peur de le quitter, et plus l’idée de finitude devient peu supportable. Accepter le dénuement, tout au moins la précarité, comme d’aucun l’ont prôné, serait-elle la bonne solution ? Le visage épanoui de ceux qui sont démunis par leur libre décision pourrait y encourager, mais il faut bien dire que la perspective n’a rien d’enchanteur.

Alors sortons ensemble des sentiers battus, sans peur de nous écarter des idées démontrées, inspirés par Jung qui osait dire qu’« il y a une idée de poids qui nous pousse à nourrir des idées qui ne peuvent être prouvées : c’est qu’elles sont reconnues comme utiles». Ainsi encouragé, je ne manquerai pas de faire appel à un certain nombre d’idées à la limite de l’ésotérique, fondées sur mes propres certitudes issues de l’expériences plus que sur une démonstration scientifique.

Dans la première partie de ce livre, nous parcourrons, l’esprit ouvert, un certain nombre d’idées, parfois contradictoires, proposées sur le sujet au fil de notre histoire. Nous en tirerons des conclusions sur le rôle et la source de nos certitudes.

Dans une deuxième partie, je vous proposerai un cheminement méthodique pour les identifier et les mettre en pratique. Mise en pratique qui demande à être régulièrement renouvelée : il n’y a pas d’acquis définitif dans ce domaine. Tels Sysiphe, nous sommes condamnés à nous pousser sans cesse sur la pente de notre cheminement intérieur. La certitude peut exister dans le temps présent, mais n’est jamais définitive. Heureusement !

Par contre, selon la belle formule de Miguel Ruiz : « Si vous assumez la responsabilité de votre vie, de vos actes (comprenons sur la base de nos propres certitudes), votre futur est alors entre vos mains et vous pouvez connaître le paradis en étant encore en vie ».


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