Les techniques TRIPÔLE

Les sources de l'inconscient

 « Il y a une idée de poids qui nous pousse à nourrir des idées qui ne peuvent être prouvées : c’est qu’elles sont reconnues comme utiles. » (C.J. Jung)

 

Leibniz est bien connu des étudiants qui lui doivent d’avoir transpiré pendant des heures en appliquant son concept de « calcul intégral ». Mais, au début du 18ème siècle, les « savants » étaient moins spécialisés que de nos jours, et couvraient le domaine de la philosophie. Liepniz avait ainsi proposé un modèle de « monade »,  au travers duquel il faisait ressortir des « formes obscures de la vie psychique ». C’est probablement la première fois que l’on parlait aussi clairement de l’inconscient, remis en selle aux débuts de la psychanalyse. Il est devenu, globalement parlant, l’ensemble de l’activité mentale qui échappe à notre conscience.

 

On doit le nom et le développement du concept à Freud qui a vraiment développé le sujet dans sa « théorie psychanalytique », et démontré son existence par l’expérience du réveil post-hypnotique : un sujet, en se réveillant d’une séance d’hypnose, va exécuter, spontanément et sans décision consciente, une action correspondant à une injonction qu’il a reçue pendant la séance et qu’on lui a demandé d’oublier. Il était ainsi démontré qu’une personne peut donc agir à son insu et sans raison.

 

Dans son modèle final, il avait précisé son modèle, en séparant l’inconscient en deux parties : le « ça », sources de nos pulsions primitives (libido, domination, jouissance ...) dont l’expression naturelle est refoulée partiellement, et fort heureusement pour la vie sociale , par un « surmoi » qui opère en censeur selon des principes bruts de décoffrages forgés par les expériences et les règles subies dès la plus tendre enfance, notamment les désirs parentaux. Le « moi », la globalité pensante, en partie consciente mais en partie non consciente  s’efforçant de gérer au mieux de l’intérêt personnel les conflits internes entre ça et surmoi.

 

En attendant que Lacan revisite le concept freudien pour le structurer comme un langage, en utilisant les travaux de Saussure, Jung est parti dans une direction plus positive de l’inconscient. Souvent teintée d’un certain ésotérisme, mais en laissant la porte ouverte à des connexions plus spirituelles et au concept d’inconscient collectif, qui ont bien fait rire Freud qui en a profité pour le sortir sans ménagement de la position de fils spirituel où il l’avait placé.

 

Faisons un saut jusqu’aux années 50, pour prendre en compte le modèle de Mac Lean (voir technique 4), très intéressant à introduire dans notre cheminement, en ce qu’il propose de considérer que notre cerveau s’est développé au cours de l’évolution des espèces en trois parties progressives, et fonctionnant comme trois ordinateurs connectés, mais ayant leur caractéristiques propres. Bien sûr ils sont étroitement reliés par le système nerveux, mais il ont un mode de fonctionnement bien à eux.

 

Ce qui est très nouveaux dans le modèle de Mac Lean, et troublant pour notre fierté humaine, c’est que, contrairement aux idées établies, tout n’est pas dirigé et harmonisé par le néo-cortex : les systèmes inférieurs peuvent le court-circuiter quant ils l’estiment nécessaire. C’est ce qui explique pourquoi dans des situations de danger la meilleure des personnes pourra en écraser un certain nombre d’autres pour sauver sa peau, sans même en prendre consciemment la décision. C’est un phénomène qui a été observé dans les incendies de boîtes de nuit par exemple. On comprend toute la symbolique du Dr Jekyll et de Mr Hyde, ce vieux combat de la belle et de la bête que nous nous livrons en permanence dans le cercle très privé de notre inconscient, à huis clos, y compris pour notre propre conscience.

 

Moore aimait dire que «toute la philosophie occidentale est une suite de notes de bas de pages en bas de l’œuvre de Platon ». Il n’est donc pas étonnant de constater que notre célèbre philosophe grec ait déjà posé dans sa morale que l’âme comportait trois parties : l’épithymia (désir sensible et pulsion charnelle), le noûs (le point de vue moral) et le tymos (les émotions). 

 

Ces différentes triades nous ont poussés à travailler sur un modèle en tryptique, d’où se dégagent une meilleure compréhension de nos décisions ou comportements et surtout des méthodes utiles pour le renforcement des certitudes, tant pour l’orientation personnelle que pour la réussite de nos projets : notre inconscient peut lui aussi avoir plusieurs sources relativement indépendantes qui, bien que reliés entre elles, ont leur mode opératoire propre.

 

1.      Un inconscient « génétique » : Une nature reptilienne : qui serait la source de nos pulsions, de nos peurs profondes liées à la perte de la survie, de nos instincts de survie. Cette source, dans l’esprit du ça freudien, est celle des pulsions de notre cerveau primitif, centré sur la survie de l’individu et de l’espèce.

 

2.      Un inconscient « programmé » : nature de données stockées : idées toutes faites, dogmes, idées reçues, croyances diverses, généralités, celle proche de la structure du langage, selon les recherches de Lacan. Cette source assure un contrôle de nos pulsions par le processus éducatif au sens large.

 

3.      Un inconscient « universel » : Une nature sensitive et intuitive, créatrice, celle qui semble connectée sur une source collective, la partie supranaturelle, source de la vie et de l’art (jungienne), celle de l’ordre implié de Bohm, de la synchronicité de Jung et Pauli. Cette source est la plus noble, la plus sensible, celle qui donne à l’homme sa dimension spirituelle.

 

 

Assurer nos certitudes procèdera à la fois d’un essai de conscientiser ces trois sources et les conflits potentiels qu’elles créent dans nos certitudes. Nous chercherons bien sûr ensuite à essayer de les comprendre pour tenter d’aligner leurs forces.